Valorisation d’une société : méthodes, calculs et préparation aux entretiens
La valorisation d’une société consiste à estimer sa valeur économique à partir de ses performances, de ses perspectives, de ses risques et des conditions de marché. En M&A, les principales méthodes so...
La valorisation d’une société consiste à estimer sa valeur économique à partir de ses performances, de ses perspectives, de ses risques et des conditions de marché. En M&A, les principales méthodes sont les comparables boursiers, les transactions précédentes et l’actualisation des flux de trésorerie, ou DCF. En private equity, l’analyse LBO complète ces approches en estimant le prix compatible avec un objectif de rendement.
Pour tes entretiens en finance, connaître les formules ne suffit pas. Tu dois distinguer valeur d’entreprise et valeur des capitaux propres, justifier tes hypothèses et expliquer pourquoi une valorisation aboutit à une fourchette plutôt qu’à un chiffre unique.
Qu’est-ce que la valorisation d’une société ?
Valoriser une société revient à répondre à deux questions : combien vaut son activité et quelle part de cette valeur revient aux actionnaires ?
Cette estimation intervient lors d’une acquisition, d’une cession ou d’un investissement en private equity. Elle permet de cadrer une négociation, de comparer des opportunités et de tester la cohérence d’un prix.
La valeur estimée ne se confond pas avec le prix payé. Celui-ci dépend aussi de la concurrence entre acquéreurs, des synergies anticipées et des modalités contractuelles.
Un industriel peut ainsi proposer davantage qu’un fonds s’il prévoit des économies grâce au rapprochement. Ces synergies doivent néanmoins être démontrées : elles ne justifient pas automatiquement une prime.
Valeur d’entreprise et capitaux propres : la distinction indispensable
La valeur d’entreprise
La valeur d’entreprise, ou Enterprise Value, mesure la valeur de l’activité opérationnelle indépendamment de sa répartition entre financeurs.
Elle permet de comparer des sociétés présentant des structures de financement différentes. Le multiple EV/EBITDA rapporte ainsi une valeur destinée aux apporteurs de capitaux à un indicateur calculé avant les charges financières.
La valeur des capitaux propres
La valeur des capitaux propres, ou Equity Value, correspond à la valeur attribuable aux actionnaires.
Dans une présentation simplifiée :
Valeur des capitaux propres = valeur d’entreprise - dette financière nette
Avec :
Dette financière nette = dette financière - trésorerie disponible
En transaction, tu dois aussi examiner les ajustements éventuels : intérêts minoritaires, actifs non opérationnels ou éléments assimilables à de la dette. Leur traitement dépend du périmètre valorisé et des conventions retenues.
Exemple de calcul
Une société affiche un EBITDA normalisé de 12 millions d’euros. Avec un multiple illustratif de 8,0x :
- Valeur d’entreprise : 12 × 8,0 = 96 millions d’euros.
- Dette financière : 30 millions d’euros.
- Trésorerie disponible : 6 millions d’euros.
- Dette financière nette : 30 - 6 = 24 millions d’euros.
- Valeur des capitaux propres : 96 - 24 = 72 millions d’euros.
Ces hypothèses sont pédagogiques, pas des références de marché. En entretien, ne présente donc pas les 96 millions comme la valeur revenant aux actionnaires.
Les principales méthodes de valorisation
| Méthode | Principe | Limite principale |
|---|---|---|
| Comparables boursiers | Appliquer les multiples de sociétés cotées similaires | Comparabilité imparfaite |
| Transactions précédentes | Analyser les multiples d’acquisitions comparables | Données parfois limitées |
| DCF | Actualiser les flux de trésorerie futurs | Sensibilité aux hypothèses |
| Analyse LBO | Estimer un prix compatible avec un rendement cible | Dépendance au financement et à la sortie |
| Approche patrimoniale | Réévaluer les actifs et les passifs | Prise en compte limitée de la croissance |
1. Les comparables boursiers
Cette méthode consiste à sélectionner des sociétés cotées proches de la cible, à calculer leurs multiples, puis à appliquer une fourchette pertinente aux agrégats de la société étudiée.
Pour constituer ton échantillon, examine le secteur, le modèle économique, la géographie, la croissance, les marges et la taille. Un secteur commun ne garantit pas une comparabilité suffisante.
Les multiples courants comprennent :
- EV/EBITDA, pour comparer la performance avant amortissements.
- EV/EBIT, pour intégrer l’impact des amortissements sur le résultat opérationnel.
- PER, qui rapporte la valeur des capitaux propres au résultat net.
Respecte la cohérence temporelle : un multiple fondé sur l’EBITDA prévisionnel doit être appliqué à un EBITDA prévisionnel comparable.
Vérifie également les conventions comptables, notamment le traitement des contrats de location. Deux multiples apparemment identiques peuvent reposer sur des définitions différentes.
2. Les transactions précédentes
Cette approche utilise les prix observés lors d’acquisitions comparables.
Ton analyse doit porter sur la date de l’opération, le périmètre acquis, les caractéristiques de la cible et les conditions de marché. Une transaction ancienne devient moins pertinente lorsque les taux ou les perspectives sectorielles ont fortement changé.
Les prix peuvent intégrer une prise de contrôle et des synergies anticipées. Les multiples transactionnels ne sont toutefois pas systématiquement supérieurs aux multiples boursiers.
Enfin, le prix annoncé ne permet pas toujours de reconstituer une valeur d’entreprise et un EBITDA parfaitement comparables. Tu dois identifier ces limites plutôt que masquer les données manquantes.
3. Le DCF
Le DCF estime la valeur de l’activité à partir des flux de trésorerie disponibles futurs, actualisés pour tenir compte du temps et du risque.
Pour les flux disponibles destinés à l’ensemble des financeurs :
FCFF = EBIT × (1 - taux d’impôt) + amortissements - investissements - variation du BFR
Une hausse du besoin en fonds de roulement consomme donc de la trésorerie.
Pour construire ton DCF :
- Prévois les performances opérationnelles.
- Calcule les flux de trésorerie disponibles.
- Estime le coût moyen pondéré du capital, ou WACC.
- Détermine une valeur terminale.
- Actualise les flux et la valeur terminale.
- Passe de la valeur d’entreprise aux capitaux propres.
Avec une croissance perpétuelle :
Valeur terminale = FCFF de l’année suivante / (WACC - g)
Le taux de croissance terminale, g, doit correspondre à une activité arrivée à maturité et rester inférieur au WACC. La valeur terminale doit elle aussi être actualisée.
Présente une analyse de sensibilité au WACC et à la croissance terminale. Elle permet de montrer comment tes hypothèses influencent la fourchette obtenue, sans donner une fausse impression de précision.
4. L’analyse LBO
L’analyse LBO détermine le prix qu’un fonds peut payer pour atteindre un rendement cible, compte tenu du financement, des performances opérationnelles et de la sortie.
Les supports pédagogiques d’Elywo mettent notamment en avant trois moteurs de création de valeur :
- La croissance de l’EBITDA, grâce à la croissance organique, aux gains d’efficacité ou aux acquisitions.
- L’expansion du multiple, lorsque le profil de l’entreprise ou les conditions de marché permettent une meilleure valorisation à la sortie.
- Le désendettement, financé par les flux de trésorerie générés.
Un build-up peut aussi créer un arbitrage de multiples : des sociétés acquises à un multiple inférieur peuvent, après intégration, être valorisées au multiple du groupe. Cet effet reste conditionné à la réussite de l’intégration.
Ton modèle doit enfin prévoir une sortie crédible : vente industrielle, cession à un autre fonds ou introduction en Bourse.
Comment construire une valorisation défendable ?
Fiabiliser les données financières
Avant de calculer un multiple, comprends les comptes et les retraitements.
L’EBITDA normalisé vise à représenter une performance récurrente. Certaines charges réellement exceptionnelles peuvent être exclues, mais chaque ajustement doit être documenté. Une charge dite exceptionnelle qui revient régulièrement mérite une analyse critique.
En transaction services, les travaux sur la qualité des résultats, la dette nette et le BFR alimentent directement cette analyse. Tu dois comprendre leur effet sur le prix, pas seulement leur traitement dans un tableau.
Adapter les méthodes au modèle économique
Toutes les méthodes ne conviennent pas à toutes les sociétés.
Un multiple EV/EBITDA perd de son intérêt lorsque l’EBITDA est négatif. Pour une banque, l’endettement appartient au fonctionnement de l’activité : les approches fondées sur les capitaux propres sont généralement plus adaptées.
Une approche patrimoniale peut être pertinente pour certains actifs, mais insuffisante lorsque la valeur dépend surtout de la croissance future.
Synthétiser les résultats dans un football field
Le football field présente graphiquement les fourchettes issues des différentes méthodes. Les supports d’Elywo le décrivent comme une slide classique de synthèse de valorisation.
Son rôle n’est pas de produire une moyenne automatique. Tu dois comparer les résultats, expliquer les écarts et préciser quelles approches méritent le plus de poids.
Ta conclusion doit faire ressortir les hypothèses déterminantes et les facteurs susceptibles de modifier la fourchette.
Comment répondre en entretien M&A ou private equity ?
À la question « Comment valoriser une entreprise ? », structure ta réponse en trois temps : présente les principales méthodes, explique leur logique, puis distingue valeur d’entreprise et capitaux propres.
Évite de réciter une liste sans expliquer quand chaque approche est pertinente. Le recruteur cherche à vérifier ton raisonnement économique.
Les erreurs à surveiller sont :
- Mélanger des agrégats historiques et prévisionnels.
- Appliquer un multiple sans vérifier les comparables.
- Confondre EBITDA et trésorerie disponible.
- Oublier la dette nette et les ajustements.
- Présenter le DCF comme une vérité objective.
En entretien private equity, ajoute la capacité d’endettement, la génération de trésorerie et les conditions de sortie. Entraîne-toi aussi à expliquer pourquoi un fonds pourrait payer moins qu’un industriel disposant de synergies.
Approfondir la valorisation avec Elywo
Pour progresser, travaille un cas complet : comparables, DCF, passage aux capitaux propres et présentation des résultats. L’objectif est de défendre tes hypothèses aussi clairement que tes calculs.
Les formations en ligne d’Elywo abordent la valorisation, le DCF et le LBO dans une logique de préparation aux recrutements en finance. Le parcours d’Ilyas Baba, passé par Lazard et Barclays, apporte un ancrage professionnel à cette approche pédagogique. Découvre les programmes sur le site Elywo pour structurer ta préparation aux entretiens.
FAQ sur la valorisation d’une société
Quelle est la meilleure méthode de valorisation ?
Aucune méthode n’est universellement supérieure. Ton choix dépend du modèle économique, des données disponibles et du contexte. Croiser plusieurs approches permet de construire une fourchette plus défendable.
Comment valoriser une société non cotée ?
Tu peux utiliser les comparables cotés, les transactions précédentes et le DCF. L’absence de cotation ne justifie pas automatiquement une décote forfaitaire : analyse les différences de taille, de risque, de liquidité et de gouvernance.
Pourquoi utiliser l’EBITDA ?
L’EBITDA facilite certaines comparaisons opérationnelles avant les effets du financement et des amortissements. Il ne mesure toutefois pas la trésorerie disponible, puisqu’il exclut notamment les investissements, les impôts et les variations du BFR.
Une entreprise déficitaire peut-elle avoir de la valeur ?
Oui, si ses flux futurs, ses actifs ou son intérêt stratégique justifient une valeur positive. Tu dois alors examiner les besoins de financement et la crédibilité du chemin vers la rentabilité.
Comment progresser pour un entretien technique ?
Réalise des exercices complets et explique tes hypothèses à voix haute. Ta préparation doit couvrir la sélection des comparables, le calcul des multiples, le DCF et le passage aux capitaux propres.