Comp set valorisation : méthode et exemples M&A 2026
Construire un comp set en 5 étapes : critères de sélection, ajustements taille/croissance/marges, sanity checks VP. Cas concret éditeur SaaS européen mid-cap.
TL;DR : le comp set en 60 secondes
Un comp set est un panel de sociétés comparables utilisé pour valoriser une cible par les multiples. Cinq étapes structurent sa construction : définir l’univers, appliquer des critères de sélection, sourcer les données, ajuster pour comparabilité, faire les sanity checks. Selon les datasets publics de référence (Damodaran, 2026), les multiples sectoriels varient largement selon taille, géographie et croissance. La discipline méthodologique fait la différence.
Trading comps vs transaction comps : quelle différence ?
Deux familles de comparables servent à la valorisation. Les trading comparables s’appuient sur les multiples spot de sociétés cotées comparables. Les transaction comparables s’appuient sur les multiples implicites de deals annoncés sur des cibles comparables. Selon les datasets sectoriels publics (Damodaran, 2026), les deux donnent des résultats systématiquement différents, principalement à cause du premium de contrôle.
Trading comparables : sociétés cotées, multiples spot
Les trading comps utilisent les sociétés cotées dans le même secteur que la cible. Les multiples sont spot (à la date du jour) ou en moyenne sur 30 ou 90 jours pour lisser la volatilité. Avantage : data disponible et fraîche en continu. Inconvénient : reflète la valeur d’une participation minoritaire sans contrôle, donc sous-estime la valeur d’une cession 100 % avec premium d’acquisition.
Precedent transaction comparables : deals annoncés
Les transaction comps utilisent les multiples implicites des deals M&A annoncés sur des cibles comparables. Le multiple est calculé sur le prix d’acquisition publié (Enterprise Value implicite) divisé par EBITDA, revenue ou autre métrique. Avantage : reflète la valeur d’une cession avec contrôle, donc plus aligné sur la transaction visée. Inconvénient : nombre de deals comparables limité, données parfois partielles, multiples parfois datés.
Quand utiliser quoi : football field positioning
Sur un pitchbook M&A, les deux familles sont systématiquement présentées dans le football field. Les trading comps donnent une fourchette basse (sans premium de contrôle), les transaction comps donnent une fourchette haute (avec premium). La cible se valorise dans la convergence des deux, complétée par le DCF. Pour ressituer le comp set dans la structure du pitchbook, consulte le guide structure pitchbook.
Étape 1 : définir l’univers initial
L’univers initial est la liste large des sociétés potentiellement comparables avant filtrage. Deux approches : top-down (du secteur vers la cible) ou bottom-up (de la cible vers ses pairs). Selon les pratiques marché banque conseil, on combine généralement les deux pour ne pas rater de comparable pertinent.
Approche top-down
L’approche top-down part du secteur (GICS, ICB, classification interne) et de la géographie. Tu identifies les 30 à 60 sociétés cotées correspondant au descripteur sectoriel. Avantage : exhaustivité. Inconvénient : risque de trop large, ramène des sociétés non-comparables. Les datasets publics agrègent les sociétés par groupe sectoriel (Damodaran, 2026) et servent souvent de point de départ.
Approche bottom-up
L’approche bottom-up part de la cible : qui sont ses concurrents directs nommés par le management ? Quelles sociétés sont citées dans le rapport annuel comme peers ? Quels noms reviennent dans les rapports d’analystes equity research ? Avantage : grande pertinence. Inconvénient : risque d’étroitesse, ratisser trop court.
L’erreur récurrente : prendre les champions
L’erreur classique du junior est de partir des champions visibles sans questionner leur comparabilité. Sur une cible mid-cap éditeur SaaS B2B européen, prendre Salesforce ou SAP comme peers fausse mécaniquement la valorisation : taille incomparable, structure financière différente, exposition géographique différente. Le comp set doit privilégier des sociétés effectivement comparables, pas les noms qui font bien sur la slide.
Étape 2 : critères de sélection structurés
Une fois l’univers initial défini, tu filtres sur quatre dimensions : business model, géographie, taille, croissance et marges. Chaque dimension doit avoir une plage de tolérance documentée, défendable en revue VP. Selon les bonnes pratiques marché, un comp set propre tient sur 8 à 15 sociétés, pas 30.
Business model
Premier filtre : la cible et ses peers partagent-ils le même modèle économique ? Une cible B2B SaaS pure avec abonnement annuel n’est pas comparable à une cible B2C transactionnelle, même dans le même “secteur tech”. Les sous-segmentations comptent : SaaS vertical vs horizontal, infrastructure vs application, capital-light vs capital-intensive. Filtre rigoureux sur cette dimension.
Géographie et exposition devise
Deuxième filtre : exposition géographique. Une société européenne avec 80 % de revenue en zone euro n’a pas le même profil de risque qu’une société américaine avec 70 % de revenue en USD. Les multiples varient structurellement entre Europe et US, selon les datasets sectoriels (Damodaran, 2026). Sur les comp sets propres, on privilégie une cohérence géographique, ou on segmente le comp set en deux sous-groupes.
Taille et liquidité boursière
Troisième filtre : taille (Enterprise Value, revenue, EBITDA) et liquidité boursière. Un comp set qui mélange small-cap illiquides et large-cap globales donne des multiples non comparables. Plage typique : EV des peers compris entre 0,3x et 5x l’EV implicite de la cible. La liquidité doit être suffisante (>1 M€ de volume quotidien moyen) pour que les multiples soient signifiants.
Croissance et marges
Quatrième filtre : profil de croissance et de marge. Une cible avec croissance revenue 25 % et marge EBITDA 30 % ne se compare pas à un peer en croissance 5 % et marge 15 %, même dans le même secteur. La plage typique : peers avec growth compris entre 0,5x et 1,5x celui de la cible, et marges EBITDA dans la même fourchette. Pour ressituer ces ranges dans la pratique sectorielle, consulte le référentiel multiples EBITDA par secteur.
Étape 3 : sources de données et fréquence
Les multiples ne valent que par la qualité de leur source. Les data providers de référence en banque conseil sont Bloomberg, FactSet, S&P Capital IQ et Refinitiv. Selon les pratiques marché institutionnelles, ces quatre sources couvrent la majorité des comp sets construits. Damodaran (Damodaran, 2026) fournit des datasets publics annuels en complément.
LTM, NTM, forward 2 years
Trois temporalités structurent les multiples. LTM (Last Twelve Months) : multiples basés sur les 12 derniers mois reportés. NTM (Next Twelve Months) : multiples basés sur les 12 prochains mois selon consensus analystes. Forward 2y : projection à 24 mois. Le standard banque conseil présente généralement LTM + NTM + parfois NTM+1. Le LTM est le plus solide (audité), le NTM est le plus regardé en pitch (prospectif).
Multiples utilisés
Quatre multiples dominent. EV/Revenue : utile sur les sociétés à marges variables ou non rentables (tech growth, SaaS pre-profitability). EV/EBITDA : standard sur les sociétés rentables avec activité opérationnelle stable. P/E (Price-to-Earnings) : utilisé sur les sociétés financières et certaines large-cap matures. EV/(EBITDA-CapEx) : utile sur les sociétés capital-intensive (industries, télécoms) pour neutraliser les profils d’investissement différents.
Étape 4 : ajustements à appliquer
Les multiples bruts sont rarement utilisables tels quels. Quatre familles d’ajustements sont systématiquement appliquées : premium de contrôle (pour transaction comps), IFRS 16, items exceptionnels, synergies (transaction comps post-deal). Selon les pratiques marché, ces ajustements peuvent modifier le multiple de 10 à 30 % selon les cas.
Premium de contrôle pour transaction comps
Les transaction comps reflètent une cession avec contrôle, donc incluent mécaniquement un premium de contrôle vs trading comps. Sur les deals publics européens, le premium varie largement selon le secteur, la conjoncture et la nature de l’offre. Tu présentes les deux familles séparément dans le football field, sans “uniformiser” artificiellement.
Ajustement IFRS 16
Depuis l’application d’IFRS 16 (norme 2019), les leases sont capitalisés au bilan. Conséquence : l’EBITDA reportée est mécaniquement augmentée (les loyers passent de coûts opérationnels à charges financières + amortissement). Sur les comp sets pré-2019 vs post-2019, l’effet est massif sur les secteurs retail, télécoms, transport. La discipline : retraiter ou non, mais documenter le choix méthodologique. Pour relier IFRS 16 à la valorisation DCF, consulte le guide DCF complet.
Items exceptionnels et normalisation EBITDA
L’EBITDA reportée intègre fréquemment des items non récurrents : restructurations, impairments, gains de cession, stock-based compensation. La normalisation consiste à retraiter ces items pour obtenir un EBITDA récurrent comparable. Sur les peers cotés, les rapports analystes equity research donnent souvent un EBITDA ajusté consensuel. Sur la cible, c’est ton travail de normaliser proprement.
Synergies sur transaction comps
Sur les transaction comps, le multiple implicite inclut souvent les synergies anticipées par l’acquéreur dans le prix payé. Sur un deal stratégique, les synergies peuvent représenter 5 à 15 % de l’EV. Sur un deal PE, les synergies sont quasi-absentes. La discipline : segmenter les transaction comps entre acquéreurs stratégiques et financial sponsors, pour éviter d’imposer un multiple “synergies-inclus” à une cible vendue à un PE.
Étape 5 : sanity checks VP
Une fois le comp set construit et les multiples calculés, le VP applique des sanity checks. Tu dois les anticiper. Quatre checks structurent la revue : cohérence interne, outliers, cross-check vs autres méthodes, défense en 3 minutes.
Cohérence interne et outliers
Premier check : la médiane et la moyenne des multiples doivent être proches. Un écart >20 % entre médiane et moyenne signale des outliers. Tu identifies les peers ayant les multiples extrêmes et tu décides : exclure (avec justification) ou inclure (en mentionnant explicitement leur impact). Le trimmed mean (moyenne excluant les deux extrêmes) est parfois présenté en complément.
Cross-check vs DCF et transaction comps
Deuxième check : la valorisation par multiples doit converger raisonnablement avec le DCF et les transaction comps. Un écart >30 % entre méthodes signale une incohérence à investiguer : peers mal sélectionnés, hypothèses DCF aggressive, transaction comps non comparables. Pour préparer les questions techniques sur le sujet, consulte les 50 questions techniques M&A.
Le test “défends ton comp set en 3 minutes”
Troisième check, le plus structurant : peux-tu défendre ton comp set en 3 minutes face au VP ? Tu dois justifier (1) pourquoi chaque peer est inclus, (2) pourquoi un peer évident est exclu, (3) quels ajustements tu as appliqués et pourquoi. Si tu balbuties, ton comp set est faible. La préparation de cette défense est le test ultime de qualité méthodologique.
Cas concret : éditeur SaaS européen mid-cap
Prends une cible éditeur SaaS B2B vertical, 80 M€ de revenue, croissance 22 %, marge EBITDA 25 %, EV indicative 400 M€. L’univers initial top-down ramène 25 sociétés cotées éditeurs SaaS européens et nord-américains. Cette construction est illustrative et les multiples concrets dépendent du marché à la date d’analyse.
Filtrage et output
Filtrage : on retient les 12 peers avec business model B2B SaaS pur, EV entre 200 M€ et 2 Md€, growth > 15 %, marge EBITDA > 15 %. On exclut les hyper-large-cap (incomparables en taille) et les sociétés en perte d’EBITDA (multiples non significatifs). Les multiples finaux donnent une fourchette indicative qui dépend du momentum SaaS à la date d’analyse. À ce stade, tu présentes la médiane, la moyenne, et un commentaire qualitatif sur les outliers.
FAQ
Quelle taille idéale pour un comp set ?
La pratique marché en banque conseil situe un comp set propre entre 8 et 15 sociétés. En-dessous de 8, la médiane manque de robustesse statistique. Au-dessus de 15, la comparabilité moyenne se dégrade. Un peer set très large (>20) est souvent un signal de filtrage paresseux. La discipline : prouver la cohérence du périmètre choisi, pas viser un chiffre arbitraire.
Que faire si le VP refuse mon comp set ?
C’est fréquent en début de stage. Trois actions : (1) noter précisément les peers contestés et la raison, (2) re-filtrer immédiatement avec les nouveaux critères, (3) re-présenter avec une note explicative écrite. Le VP teste ta réactivité méthodologique, pas ta connaissance du secteur. La rapidité à itérer compte autant que la justesse initiale.
Que faire quand il n’y a pas assez de transaction comps ?
Sur certains sous-secteurs (cibles très spécifiques, secteurs émergents), les deals annoncés comparables peuvent être en nombre insuffisant. Trois options : (1) élargir la fenêtre temporelle (5 ans au lieu de 3 ans), (2) élargir le périmètre géographique (US + Europe au lieu d’Europe seule), (3) accepter de présenter le football field avec des transaction comps “directionnelles” + commentaire explicite sur la rareté de comparables. La transparence méthodologique prime.
Comp set US vs Europe : peut-on mélanger ?
Oui, mais avec discipline. Les multiples US sont structurellement plus élevés que les multiples Europe sur la plupart des secteurs (Damodaran, 2026). Trois pratiques : (1) présenter un comp set Europe + un comp set US séparés, (2) appliquer un haircut géographique sur le multiple US (qualitatif), (3) restreindre le comp set à une seule géographie. Le choix dépend de la cible et du secteur.
À quelle fréquence faut-il rafraîchir un comp set ?
Pendant la phase active d’un deal (préparation pitch jusqu’à signing), le comp set se rafraîchit hebdomadairement. Les multiples bougent avec les marchés, particulièrement en période volatile. Sur un pitch envoyé à un client, la mention “as of [date]” est obligatoire. Sur un IM distribué aux acheteurs, le rafraîchissement se fait avant chaque envoi pour ne pas être pris en défaut sur un multiple périmé.
Conclusion
Construire un comp set propre, c’est appliquer une méthode disciplinée en 5 étapes : univers, critères, données, ajustements, sanity checks. La qualité du comp set conditionne la valorisation présentée au client. Un comp set défendable en 3 minutes vaut beaucoup plus qu’un comp set exhaustif mais flou. Pour aller plus loin, télécharge les guides gratuits Elywo ou découvre la formation Elywo qui couvre la construction de comp sets vue depuis la banque conseil.